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Rapport sur les concours ouverts pour le perfectionnement de l'art du verrier.
La Société d'Encouragement a quelquefois eu la satisfaction
de voir remporter, au grand profit de notre industrie, des prix qu'on
aurait pu croire proposés d'une manière prématurée,
et dans lesquels la pensée scientifique semblait avoir devancé de
longtemps les moyens à la disposition de la pratique. C'est ainsi
que la découverte et la fabrication économique de l'outremer
factice sont venues, à l'étonnement général,
répondre à l'appel fait au public par un programme parti
du sein de cette Société, et qui sera toujours regardé comme
une heureuse hardiesse de sa part.
Ce succès et d'autres du même genre ne suffiraient pas néanmoins
pour justifier un système de prix qui consisterait à jeter ainsi
dans le monde industriel des idées détachées les unes
des autres, des problèmes sans liaison entre eux et dont on demanderait
la solution.
La Société d'Encouragement a un rôle plus large et plus
digne à remplir, et elle l'a bien compris, quand, s'attachant à une
industrie importante, elle a essayé, par des prix sagement combinés, à lui
donner tout d'un coup une impulsion importante et durable. Tel est le résultat
qu'elle a obtenu pour la lithographie, l'art du verrier et peut-être
aussi pour la fabrication du sucre de betteraves.
Il est facile de comprendre tous les avantages de ce système de prix
combinés. En effet, quand la Société s'adresse à une
industrie importante, et qu'elle propose à la fois un certain nombre
de prix destinés à provoquer des améliorations dans chacun
de ses procédés, elle excite à la fois toutes les intelligences,
elle remue profondément toute une classe d'industriels, et elle fait
naître en même temps les améliorations qu'elle a provoquées,
et même d'autres améliorations qui s'y rattachent et auxquelles
elle n'avait point songé elle-même.
Elle fait plus, en excitant ainsi une puissante impulsion, elle crée
un mouvement progressif durable, et quand une industrie a été l'objet
d'un concours d'efforts aussi sérieux, elle peut être ensuite
livrée à elle-même sans inconvénient pendant plusieurs
années; sa marche continue vers le progrès en vertu de la vitesse
acquise.
Les prix dont nous avons à entretenir la Société, offrent
précisément ce caractère; car il existe dans nos programmes
des prix en faveur de la fabrication des bouteilles à vin de Champagne,
pour la fabrication d'un verre peu fusible, des verres colorés, des
verres décorés, du flint-glass destiné aux instruments
d'optique, et enfin du crown-glass pour le même objet.
L'industrie du verrier, tout entière, s'est émue à l'annoncé de
ces prix, et nous avons aujourd'hui la satisfaction de pouvoir proclamer que
trois d'entre eux ont été remportés ; que le prix pour
les bouteilles à vin de Champagne a amené d'heureuses améliorations
déjà, et que le prix extraordinaire, que la Société a
si noblement consacré à récompenser la fabrication du
flint-glass en France, sera sans doute remporté lorsque le moment de
le décerner sera venu.
Mais il y a plus, des améliorations que nous n'avions pas provoquées
sont venues se produire; des objets de fabrication auxquels nous ne songions
pas ont été découverts par des concurrents ingénieux.
Exemple remarquable, dans les fastes de la Société, de ce que
l'on peut obtenir en appelant les efforts de tous vers un même but. Cette
action des masses, nous ne saurions trop chercher à la mettre à profit;
ce mouvement simultané de toutes les intelligences vers un but commun,
nous ne saurions trop l'exciter, quand il s'agit d'industries vitales, comme
il est facile d'en trouver un grand nombre et plus qu'il n'en faut pour servir
d'aliment à nos prix.
En rendant compte en détail des prix sur l'art du verrier qui
doivent être décernés dans la séance d'aujourd'hui,
nous allons vous entretenir de faits accomplis, de produits acceptés
par le commerce, qui décorent tous nos magasins maintenant, et
qui étaient inconnus en France au moment où la Société a
proposé ses prix. Le service qu'elle a rendu est si clair, si évident
en pareil cas, qu'on peut dire qu'elle a été chercher cette
industrie à l'étranger, et qu'elle l'a transportée
dans notre pays dans l'espace de quelques mois et avec un sacrifice de
quelques milliers de francs, qui vont bientôt créer en France
un travail annuel s'élevant à une somme centuple de la
valeur du prix.
Prix
de 4,000 fr. pour la fabrication d'un verre blanc peu fusible.
Depuis dix à douze ans, les recherches d'analyse organique, et, généralement
parlant, les expériences de chimie délicate, ont fait sentir
en France la nécessité de se procurer un verre blanc assez difficile à fondre
pour résister longtemps à la température rouge sans se
ramollir.
Tout le monde comprend combien de ressources offre au chimiste ou au physicien
un verre propre à se travailler à la lampe, à une forte
chaleur, et capable néanmoins de supporter une chaleur rouge, sans perdre
sa forme ou même les dimensions premières. ?
Dire que les arts eussent besoin d'un verre de cette espèce, ce serait
peut-être aller trop loin. Jusqu'ici les vases de verre vert, ou les
vases lutés, ont, suffi aux usages industriels pour les opérations
communes. Cependant il ne peut demeurer douteux que l'introduction, dans le
commerce, d'un verre moins fusible que ceux dont nos manufacturiers ont été forcés
de se servir jusqu'ici ne modifie bientôt quelques-uns de leurs procédés.
Le prix proposé par la Société n'offrait aucune difficulté technique,
mais il présentait quelque difficulté commerciale. Tout verrier
peut parvenir à faire du verre blanc peu fusible, mais toute verrerie
ne peut en fabriquer couramment avec profit, et par conséquent d'une
manière durable.
Voire Comité avait donc ici à constater non seulement le fait
de la fabrication en lui-même, mais, et surtout, la continuité de
cette fabrication, et son importance commerciale.
Deux concurrents se sont présentés, et tous les deux ont bien
compris qu'ils devaient loyalement soumettre à la Société des
produits d'un travail courant, et non des résultats exceptionnels, faciles à obtenir
partout. Cette circonstance a rendu facile le jugement de votre Comité des
arts chimiques.
En effet, l'un deux, inscrit sous le n° 1, placé, à la tête
d'une verrerie des Vosges, et pouvant y disposer de bois à bas prix,
s'est livré avec plein succès à la fabrication des tubes
ou ustensiles de chimie.
Dans son laboratoire, votre rapporteur en a consommé de grandes quantités,
et il a constaté que les tubes résistent à l'égal
des tubes de Bohème du meilleur choix. Il s'en est procuré tantôt
en s'adressant directement à la fabrique, tantôt dans le commerce,
afin de voir si dans le premier cas on ne lui fournirait pas des produits différents
de ceux qui seraient livrés au commerce lui-même. Mais, dans les
deux cas, les tubes ont toujours été de même qualité.
Tous les chimistes qui se livrent à des recherches ont eu l'occasion
de consommer des tubes de ce genre, et d'en apprécier les excellentes
qualités. La Société leur a rendu, en proposant ce prix,
un service dont ils seront toujours reconnaissants.
Votre Comité n'hésite donc pas à déclarer que le
concurrent n°1 a satisfait aux données principales de la question
posée, en livrant aux commerce des tubes ou ustensiles de chimie doués
d'une très grande résistance au feu, et propres à toutes
les recherches délicates de la chimie ou de la physique.
Un autre concurrent, qui s'est fait inscrire sous le n°2, a également
fabriqué des tubes et des ustensiles de chimie, et de plus il a présenté des
vitres propres à recevoir les peintures à la moufle et des vases
destinés aux expériences électriques.
Tous ces produits annonçaient une main habile, mais évidemment
gênée par le prix du combustible; Les tubes comparés aux
précédents se sont montrés plus fusibles; ils n'auraient
pas satisfait aux besoins des chimistes.
Cependant les vitres du concurrent méritaient l'attention particulière
du Comité des arts chimiques, à cause de leurs bonnes qualités
pour la peinture sur verre, qualité constatée par un long emploi.
Il était nécessaire de leur décerner une récompense,
car la fabrication de ces sortes de vitres offre des difficultés spéciales,
par la nécessité de donner à un verre peu fusible la propriété de
recevoir certaines couleurs, qui, comme le jaune, ne se fixent pas sur toute
sorte de verre. .
Votre Comité a donc l'honneur de vous proposer de partager le prix de
4,000 fr., pour la fabrication du verre blanc peu fusible, entre les deux concurrents.
Celui qui est inscrit sous le n° 1 est à M. De FONTENAY, ancien élève
de l'école centrale des arts et manufactures, directeur de la verrerie
de Plaine-de-Valch, dans les Vosges, appartenant à M. le baron de Klinglin.
Celui qui est inscrit sous le n° 2 est M. BONTEMPS, déjà couronné par
la Société dans une autre occasion, et qui dirige avec tant de
succès et d'habileté la belle verrerie de Choisy-le-Roi.
Prix
de 3,000 fr. pour la fabrication du verre teint dans la masse ou du
verre à deux couches.
En proposant ce prix, la Société avait pour objet de créer
en France l'industrie de la gobeleterie colorée, qui avait pris en Bohême
un essor si remarquable, et de ranimer la fabrication des vitres colorées,
nécessaires à la production des vitraux peints.
Elle pensait que les concurrents pourraient se livrer simultanément à ces
deux genres d'industrie, sans pourtant faire une condition de leur réunion.
En effet, pour faire des vitres colorées, il faut être monté pour
la fabrication des vitres elles-mêmes, et pour faire de la gobeleterie
de luxe, il faut avoir à sa disposition d'habiles souffleurs. Ces deux
conditions pouvaient se trouver réunies; elles pouvaient se produire
séparément; c'est ce dernier cas qui s'est réalisé.
Relativement à la gobeleterie colorée dans la masse ou doublée,
un seul concurrent s'est présenté, et on peut dire qu'il a surpassé par
son succès les espérances de la Société, car il
a fourni au commerce, au même prix que les verreries de Bohême,
toutes les nuances obtenues par celles-ci.
Non seulement il a fait de la gobeleterie doublée en bleu de cobalt
et vert de cuivre, mais encore de la gobeleterie doublée en pourpre
de cuivre, en rose d'or, et en groseille ou grenat, à l'aide du même
métal.
Le commerce s'est emparé rapidement de ces produits nouveaux, et l'on
peut dire que c'est une branche d'industrie acquise désormais à la
France, soit parce que la production en est assurée, soit chose non
moins nécessaire, parce que le débouché est ouvert et
la consommation bien assise désormais.
En même temps que la Société recevait la gobeleterie doublée
dont on vient de parler, il lui était adressé des échantillons
de vitres doublées par un autre concurrent. Celles-ci sont d'une grande
utilité pour la peinture sur verre et se font à l'imitation de
ces vitres pourpres, à deux couches, qui sont devenues maintenant d'un
usage si commun pour les voitures omnibus, qu'elles servent à désigner
au loin pendant la nuit.
Le concurrent qui s'est présenté pour la fabrication de cette
sorte de produits a adressé à la Société non seulement
le verre doublé pourpre, mais aussi du verre doublé bleu, du
verre doublé violet et du verre doublé vert.
En outre, il fabrique des vitres teintes dans la masse, en toutes les nuances
demandées par le commerce.
Et enfin, ce concurrent est le même qui avait présenté à la
Société des vitres propres à la peinture sur verre et
douées de toutes les qualités qui leur sont nécessaires.
Votre Comité a pensé que le premier concurrent avait parfaitement
répondu à l'appel de la Société en ce qui concerne
la gobeleterie ; mais que le second n'avait pas moins bien rempli ses désirs
en ce qui regarde la fabrication des vitres blanches, teintes dans la masse
ou doublées, que le peintre sur verre réclame. ..
En conséquence, il vient vous proposer de partager le prix entre ces
deux concurrents, qui sont, comme précédemment :
Le premier, M. De FONTENAY, directeur de la verrerie de Plaine-de-Valch ; Et
M. BONTEMPS, directeur de la verrerie de Choisy-le-Roi.
Prix
de 5,ooo fr. pour la peinture ou la décoration des objets de
gobeleterie.
La Société d'Encouragement a voulu donner une puissante impulsion à • l'art
du verrier, et elle y est parvenue. L'appel qu'elle a fait à tous les
fabricants a profondément remué cette industrie, et on peut affirmer
qu'elle est lancée pour longtemps dans la voie du progrès.
Rien ne le prouve mieux, du reste, que le résultat obtenu par le concours
dont nous rendrons compte.
Depuis quelques années, on fait en Bohème du verre assez dur
pour résister au feu de moufle, et pour y recevoir des peintures ou
décors fixés par un verre plus fusible, mais pourtant capable
de résister à l'usage.
En France, tous nos essais demeuraient sans résultat, faute d'un verre
de gobeleterie assez résistant. La Société d'Encouragement
a voulu faire disparaître cette lacune de notre industrie en proposant
le prix qui nous occupe.
Mais à peine le programme a-t-il été connu, que les verriers
se sont mis à la recherche des moyens qui pouvaient leur permettre d'atteindre
le but proposé par la Société, par d'autres moyens que
ceux qu'elle avait en vue, et si le succès n'a pas répondu jusqu'ici à leur
espérance, du moins est-il que les résultats obtenus méritent
quelque attention. »
Le premier consiste en un essai de décorations du cristal, qui s'effectuerait à très
bas prix, car il prendrait pour base le cristal moulé. C'est sur les
moulures elles-mêmes qu'on applique rapidement au pinceau une espèce
d’enluminage en couleur fusible. On passe la pièce à la
moufle et la couleur en sort fixée.
Cette méthode a l'inconvénient d'exiger l'emploi d'une couleur
très fusible et par suite très peu colorée; elle ne peut
donner qu'un enluminage mal arrêté dans ses contours, et dépourvu
de vigueur. Deux concurrents vous ont soumis des pièces exécutées
par ce procédé. Le résultat est curieux, inattendu même;
mais jusqu'ici le Comité n'y voit rien qui mérite d être
encouragé; plus tard on pourra y revenir au besoin.
Votre Comité en dit autant des essais faits par un troisième
concurrent, qui a cherché à reproduire des pièces analogues à celles
qu'on trouve dans les produits des verreries vénitiennes, et où la
décoration, appliquée sur la pièce, était fondue
non pas à la moufle, mais à l'ouvreau même du four de fusion,
pendant le travail de la pièce; de là une grande économie,
mais aussi une grande difficulté à créer des dessins purs
et arrêtés. Le concurrent dont il s'agit n'y est pas parvenu;
il regarde les pièces qu'il vous a soumises comme des essais, et votre
Comité ne veut pas se prononcer sur leur valeur aujourd'hui.
Enfin, vous avez reçu des échantillons nombreux de gobeleterie,
décorés à la moufle, d'une beauté comparable, à tous égards, à celle
de la Bohême. Votre Comité s'est convaincu que des produits du
même genre, et de plus, de plus parfaits, sont livrés journellement
au commerce, qui les accueille avec faveur.
Toutes les couleurs de moufle des verriers bohémiens sont appliquées
par les nôtres, et désormais notre industrie n'a plus rien à regretter
sous ce rapport.
Ce succès a été obtenu par les efforts réunis de
M. De FONTENAY, directeur de la verrerie de Plaine-de-Valch et de M. Louis
ROBERT, chef des couleurs de peinture sur verre, à la manufacture royale
de Sèvres.
Voire Comité vient donc vous proposer de leur accorder le prix de 5,000
Fr., proposé pour la décoration et la peinture de la gobeleterie.
En terminant ce rapport, votre Comité croit qu'il est de son devoir
de dire à la Société combien a été complet,
de la part de M. le Baron De KLINGLIN, le zèle et le dévouement
aux intérêts de notre industrie. Mettant de côté toute
question d'amour-propre personnel ou d'intérêt privé, M.
De KLINGLIN a laissé le directeur de la verrerie libre d'exécuter
tous les essais nécessaires, et la noblesse de sa conduite, en cette
occasion, nous est un sûr garant que la haute approbation de la Société lui
sera sa récompense la plus douce.
Il a l'honneur de vous proposer également d'adresser à M. BRONGNIART,
directeur de la manufacture de Sèvres, des remerciements publics
pour le concours qu'il a bien voulu prêter à la Société dans
cette circonstance.
Signé DUMAS, rapporteur.
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